3 juil. 2015

Essai MT-09: le plaisir routier

Ayant bien entamé sa troisième année de commercialisation, la Yamaha MT-09 n’est plus à ranger aux rayons des nouveautés, pourtant elle reste atypique sur le marché. Là où les autres constructeurs japonais courent après le roadster sportif ultime, la marque aux diapasons se positionne autrement: un 3 cylindres de moyenne cylindrée, un look décalé mi-roadster mi-trail, avec un poids de mobylette. Ayant eu l'opportunité de faire un essai prolongé au guidon de la version Street Rally (version disposant de quelques éléments de carrosserie supplémentaires et une selle plus haute de 35mm), j'avais envie de partager cette - bonne - expérience.
Le 3 pattes Yamaha en route vers le Mont Dore



Joy machine

Pause au lac Chambon

Selle et moto fine, guidon large, je ne suis pas familiarisée avec une position haute et offrant de la prise au vent, mais tout tombe bien sous la main. Passage de la première et en route: on se sent vite "à la maison". Le couple tracte dès les bas - régimes, dans une sonorité sympa mais sans plus, étouffée par le catalyseur. L’arrivée des chevaux reste progressive et linéaire, c'est très efficace sans vous scotcher les yeux au fond des orbites. Ce bloc avoisinant les 850 cc est une vraie réussite, la poignée de gaz murmurant toujours plus fort "Essore-moi", il prend les tours sans rechigner et le rupteur est vite atteint. La boîte 6 permet... d'avoir un peu d'allonge pour des trajets plus orientés routiers que fun, sinon il y a fort à parier que vous ne la passerez pas souvent.
Côté agrément de conduite, Yamaha propose 3 modes modifiables au guidon en roulant: Standard, A et B. L’attention est louable, l'utilité discutable, le mode A étant le plus hargneux et le mode B le plus souple, destiné à la conduite sous la pluie par exemple.  Mais quelque soit le mode sélectionné et les circonstances de conduite, le freinage sera toujours au rendez-vous, et vous en aurez besoin car la MT a étonnamment peu de frein moteur compte tenu de sa cylindrée et son architecture. Puissant et dosable, le freinage confié à des étriers radiaux met en confiance entre les enchaînements, une vraie bonne surprise pour une machine de cette catégorie.
La MT-09, une vraie dévoreuse de cols.








Les petites, et moins petites, routes sinueuses défilent alors sous vos roues sans que vous sentiez les kilomètres s’accumuler. C’est clair, le plaisir est quasi immédiat au guidon, elle est intuitive et polyvalente, les chiffres élogieux des ventes ne sont pas bidonnés.







Saucisson et tracasseries

On a vite la banane dans le casque, mais (car il y en a toujours) il y a également de quoi la perdre par moments. N’en déplaise au concessionnaire qui a du me confondre avec Barbie en tentant de me faire passer la pilule plus grosse que lui, les suspensions ne sont pas à la hauteur du propulseur ni des freins. Malgré les réglages de précontrainte et de compression offerts, l’avant a tendance à plonger au freinage à l'image d’un supermotard dont on aurait laisser la fourche de cross, et l'arrière pompe en plus de devenir inconfortable. La MT suit les défauts de la route, a tendance à élargir les trajectoires avant tout simplement de se désunir, que ce soit en entrée ou en sortir de virage. Bien sûr, ça se roule même au-delà de ce qui est conseillé, mais cela devient frustrant de rouler sur un saucisson avec un moteur qui lui ne rend jamais la main.


En mode A, la MT réclame à boire!


Au rayon des désagréments annexes, il y a une certaine latence du ride-by-wire à la ré-accélération sur les bas-régimes. Ce temps de réponse est variable et à tendance à générer un inconfortable a-coup. Cette remarque est surtout valable en mode "STD", ce phénomène disparaît en mode Mou, pardon B, et est bien moins perceptible en A. A comme Arsouille, la réponse aux gaz est la meilleure, et sans parler de puissance, il n’y a plus de "filtres" entre la roue arrière et la main droite, ce qui est à mon sens beaucoup plus agréable.


Dernier point surprenant, côté position, les talons du conducteur ont tendance à venir en contact avec les reposes-pieds passagers. A moins de chausser du 32 ou de conduire comme un scootard avec les pieds en canard, vous risquez d'être confronté au problème, d’autant plus si vous pratiquez le duo.










Opération mutation

Vous l’aurez compris, après des années exclusivement en guidons-bracelets, ce "gros supermotard" de MT-09 m’a vraiment enthousiasmée. Comme on le voit sur certaines affiches, la choisir pour les épreuves  de rallyes routiers semble être une vraie bonne idée. Une réussite à laquelle il manque peu de choses pour être exempte de reproches: des suspensions dignes de ce nom. L’upgrade est réalisable, avec les kits EMC, Ohlins ou encore Hyperpro qui proposent un combiné arrière, une paire de ressorts (cartouches complètes Andreani avec l’EMC) et de l’huile de fourche (cela vous en coûtera 500 à 1000 euros hors montage suivant les marques).
Alors dit m’sieur Yamaha, tu y penses pour la fournée 2016?! On ne demande pas une pistarde, mais cette moto est attachante et mérite d'être homogène, à la hauteur de son moulin jouissif.
Un grand merci au propriétaire de la bestiole qui me l'aura confiée quelques centaines de kilomètres pour cet essai.

***