17 avr. 2013

Le stunt ? Pas branchée...

Je me remémore cet article de Moto Journal présentant le groupe Las Vegas Extrême (LVX), club américain défiant les forces de Police sur les bandes de bitume rectilignes du Nevada. Ma réaction: WTF?! (What the Fuck ?) Moi qui usait les documentations de GSX-R à force de les lire, qui squattait tous les samedis chez le concessionnaire Suzuki pour y baver, voilà que de l'autre côté de l'Atlantique un décérébré en torturait une à coup de rupteurs, burn, wheeling entre les voitures et autres singeries indigne d'une telle machine. La venue du magazine Moto&Motards initia vivement le mouvement sur le territoire français, surfant sur cette vague "cool attitude", narguant les autorités sur la french riviera et stimulant ses lecteurs aux quatre coins de l'hexagone. En réaction à une répression déjà grandissante, sous couverts de "vitesse respectée", cette niche de pratiquants explosait. 
Ce n'était pas possible, non seulement le stunt et moi faisions deux, mais pire, je nourrissais une rancœur farouche à l'encontre de ces clowns qui salissaient notre image à grand coup de cascades sur les boulevards. Au point que même les démonstrations d'avant course lors des 24H du Mans me soulevaient le cœur alors que je patientais pour voir le départ des vrais pilotes au milieu d'une bande de bœufs suintant la bière et s'égosillant: "le peneu, le peneu, le peneu".

Pauly Sherer de LVX
Comme beaucoup de disciplines, le stunt a évolué, et j'ai finalement arrêté de le rejeter en bloc. Pourquoi? D'abord parce que le stunteur reste par définition un motard, même s'il est plus souvent sur une roue que sur deux. Bien que les machines continuent à souffrir le martyre lors de cette pratique, elles vivent pour beaucoup une seconde vie, souvent après un accident, et sont un minimum modifiées en conséquence. Au rayon des aménagements principaux on retrouve entre autre: le montage d'un second étrier de frein arrière avec sa commande au guidon, le cloisonnement du carter, le remplacement des guidons-bracelets au profit d'un guidon droit, un réservoir creusé (presque sculpté) pour faciliter les figures, il en va de même pour la coque arrière, des barres de protections et autre crash cage, un gros radiateur, une grande couronne, etc. Il faut reconnaître que certaines modifications font preuve d'ingéniosité. En terme de figures et de réalisation, là aussi le niveau a fortement évolué. De la réception hasardeuse d'un wheeling qui explose les joints spi d'une fourche, nous sommes arrivés à voir des riders qui pourraient poser leur roue avant sur un œuf sans le casser... ou presque. Derrière ces démonstrations, il y a de nombreuses heures de travail et de répétitions, non seulement pour créer une figure, la "rentrer" mais surtout la maîtriser pour qu'elle soit fluide et agréable à regarder.

GSX-R 750 k7 modifiée pour le stunt - source http://www.scigacz.pl/

Qu'on m'en préserve, je ne suis pas devenue fan du stunt. J’exècre toujours autant le kéké de base en tee-shirt qui passe en pseudo-wheeling sur le cours Lieutaud entre les rangées de voitures en double-file; et j'ai toujours un pincement au cœur quand j'entends le rupteur. Mais quand il m'arrive de voir un team s'entraîner, j'ai arrêté de leur jeter des pierres. Les figures réalisées et l'assiduité de ces pilotes forcent le respect. Au fond, on aime tous un peu la même chose, mais d'une manière différente. 


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