25 avr. 2016

R.I.P 100 chevaux

Plutôt habituée à faire appliquer l'arrêté ministériel du 15 mars 2000, c'est avec grand plaisir que je lisais l'arrêté du 13 avril 2016. L'intitulé faisant apparaître "la puissance des motocyclettes" était tellement prometteur que je me réjouissais à l'idée de décortiquer un nouveau texte.


Contexte


Depuis fort fort longtemps, j'entends parler de cette fameuse "loi des 100 chevaux" et du bridage des motos destinées au territoire français. Chaque année ou presque, on parlait de l'abolition de ce texte de loi. Les contrôles post-sinistre des experts en assurance rendant frileux les motards et revendeurs à l'idée de débrider les "motocyclettes", engins de morts voire armes entre les mains de bandits de grands chemins. Cela allait même jusqu'à utiliser des noms de code pour demander la prestation à un pro', ou exiger une licence sportive pour commander un boitier électronique, et ce avec ou sans facture... Le passage à l'injection avait quelque peu facilité la manipulation, mais le contexte repressivo-politico correct et les coups d'intox (comme équiper les forces de l'ordre de bancs de puissance en fourgon pour des contrôles inopinés en bord de route) avaient fait du chemin parmi la population motarde.
Illustration du calage crossplane de la Yamaha R1
Alors que nos voisins européens n'ont jamais jugé cette idée assez pertinente pour l'adopter et que les sportives modernes affichent aisément le double de cette limite de puissance, la France s'est enfin mis à la page pour respecter le travail des ingénieurs motoristes, et ce pour notre plus grand plaisir!


Mesure compensatoire


Croire à un rétro-fit purement et simplement était un vœux pieux. Comment l'administration pouvait, par exemple, accepter un 1100 R (Suzuki GSX-R) avec des arbres à cames racing? Qui aurait probablement, et à juste raison, reçu le reste de la panoplie avec une filtration et une ligne d'échappement adaptée. Il a bien fallu poser une limite, et bien sûr pas la plus pertinente: avoir une moto équipée de l' ABS. Mais... WTF ? Il était question de limiter également cela aux motos respectant les normes Euro 3 et 4, mais il sera finalement possible de le faire avec les Euro 1 et 2, sous réserve néanmoins qu'elles soient également équipées d'un système d'anti-blocage de roues. 
Des chiffres qui peur, ou plaisir. Source: b-king.fr
Je cherche encore un lien de cause à effet cohérent... La seule piste qui me soit finalement venue est celle de calmer la foule. Dans l'ambiance routière actuelle liberticide et infantilisante, comment annoncer aux français qui tremblent à 89 km/h et font caca mou à 129 km/h sur l'autoroute devant les radars automatiques, qu'on va autoriser une frange de criminels en devenir à affronter la route sur des motos de 150-200 chevaux? Difficilement concevable en effet pour tout ceux qui n'ont jamais posé leurs fesses moites sur un 103... ou pour les membres non émérites de la ligue contre la violence routière #bisousbisous. Il a donc fallu trouver une mesure qui rassure: l'ABS, la vaseline, pardon, la sécurité ultime. 
Bref, motard-routard-pistard, pour rouler full, assistance tu auras! 




Concrètement

ABS sur la version APRC de l'Aprilia RSV4


Avec un compte en banque opulent, il n'y a qu'à applaudir des 2 mains. Choisir une sportive neuve par exemple qui va proposer l'abs déconnectable voire réglable, les démarches administratives seront faites par le concessionnaire, et payer un peu plus en assurance pour rouler en règle ne fera pas sourciller. 

Dans un cas plus proche du mien où vous réfléchissez à comment formuler votre annonce leboncoin pour y vendre... vos parents (mais oui c'est de l'humour, je vous aime!), et que vous essayez tous les subterfuges pour noyer votre banquier, ce n'est pas la même histoire. En effet, il y a à mon sens plusieurs points à ne pas négliger:
- une plus grande différence de prix de revente entre les motos équipées de l'abs et celles qui ne le sont pas,
- l'opération de rétrofit telle que stipulée dans l'arrêté est réalisable par "Le constructeur ou son représentant accrédité" autrement dit: à moins de connaître un concessionnaire bénévole, vous y laisserez un nouveau billet au passage pour la prestation,
- n'ayant pas eu le retour de mon assureur ni l'occasion d'en comparer plusieurs, il est probable que votre cotisation prenne une petite, ou grosse, claque.

En dehors de ces interrogations financières, je persiste à me réjouir de l'abolition de cette loi que je ne pensais finalement jamais vivre; je roulerai donc peut-être un jour en règle.
Malheureusement, je crains que les réjouissances restent de courtes durées compte tenu que l'idée d'un contrôle technique devienne de plus en plus pressante... Gardons notre libre arbitre sans nous abreuver de ce qui est soit disant "pour notre bien".

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