19 juin 2013

Les Grands Prix, nouvelle génération

Il y a quelques semaines, le magazine Moto Journal (n°2049 du 9 mai 2013, page 73) publiait un encart sur les chronos de la catégorie reine, à savoir qu'ils stagnaient. La faute aux "évolutions techniques" dictées par le règlement (poids, essence, nombre de moteurs, pneus, etc), la recherche d'économie et de spectacles en course.


La maigre grille de départ MotoGP - Catalunya 2013
Pour avoir été sur place ce week-end à Barcelone, je me suis certes régalée aux essais, mais beaucoup moins devant la course Moto GP. Malgré la chaleur, les sons, la grande proximité de mes voisins de tribune, j'ai même frôlé l'endormissement (véridique); mais l'honneur fût sauvé par le seul mouvement de Marc Marquez. Bien sûr, la performance des pilotes reste belle, mais le spectacle est indéniablement en retrait. Les écarts entre les machines restent importants et condamnent rapidement la course. Quand ce n'est pas un échange de politesse entre pilotes qui cherchent à assurer des points, exposer leur sponsors, ou ne pas froisser des susceptibilités hiérarchiques pour garder ou obtenir un guidon; certains en viennent même à s'excuser d'avoir tenté un dépassement! Marc, j'espère que tu ne pensais pas sincèrement ce que tu disais. Oui, ça aurait fait mauvais genre de mettre Dani Pedrosa par terre, mais... "ça passait, c'était beau", il faut savoir ce qu'on veut! Non, nous ne vibrons plus devant les courses, elles sont devenues nos aides à la sieste le dimanche en famille, et les déclarations mielleuses et consensuelles des pilotes nous dépriment.
Marc Marquez, P3 à Catalunya - source www.dapurpacu.com


Nous en sommes donc arriver à un point où pour accentuer la "part de responsabilité du pilote" dans le chrono, on se retrouve dans une logique de nivellement des performances, à mon sens par le bas: uniformiser les machines, agrémenter les règlements. Cela pour espérer obtenir plus de spectacle tout en prônant des moindres dépenses voire même une démarche écologique - rires -, le "rendement" étant d'abord présenté par une moindre consommation avant d'être quantifié en millièmes au tour. 








Toujours plus haut? Non, toujours moins cher!


Garry McCoy qui aura étrenner les Dunlop, pour notre plus grand plaisir.

Je me souviens de saisons pas si lointaines où il y avait plusieurs fabricants de pneus, en 500cc puis en MotoGp, la concurrence était rude entre Michelin, Bridgestone et Dunlop. Certes vous me parlerez de budget, des temps des essais et de mise au point nécessaires, des écarts entre les gros teams et les autres. Mais c'est une fumisterie quand on voit les moyens mis en oeuvre par certains pour aller rouler à Austin en avant-première pour reconnaître le circuit et ainsi chercher à accentuer leurs chances de résultat. Pour en revenir à mon souvenir de pneumatiques, je reste persuadée que tout cela fait avancer. Le monomarque est une solution anti-compétitive en terme de recherche et développement. Oui Bridgestone avance, mais ne seraient-ils pas encore meilleurs s'ils devaient se battre contre les ingénieurs Michelin, dans cette saine émulation des courses de haut niveau? 
Mr Pierre Dupasquier, artisan de l'ombre de nombreuses victoires

Aujourd'hui, les réclamations des pilotes du paddock  filtrent régulièrement, demandant une plus large gamme de gomme à Bridgestone, en phase avec les conditions (haute température  piste séchante, etc), les CRT disposant même déjà d'une gomme plus tendre  en adéquation avec leur puissance moindre. J'en profite pour rappeler que Michelin avait décliner l'offre de fourniture monomarque, trouvant le concept aberrant, réhabilitant ainsi le dicton: à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Force est de constater que tous les fabricants n'ont pas la même éthique sportive.
Alors oui, les pilotes grinçaient parfois des dents, l'herbe étant souvent plus verte chez le voisin, mais ces plaintes restent dans la logique des relations pilote/team/fournisseur en compétition. Le choix des pneus était un paramètre primordial et passionnant pour la course, qui ont permis des évolutions dont nous profitons encore aujourd'hui sur nos pneus de route. Le spectacle ne trouvait guère à redire quand on voit ce à quoi nous sommes réduits aujourd'hui. L'emploi de pneus de qualifications, extrêmement performants sur 1 ou 2 tours chrono, a été lui aussi relégué aux oubliettes, enterrant du même coup l'excitation de cette préparation dans les 10 dernières minutes de la séance d'essai. 

Le portique de départ de l'ex-Superpole en catégorie Superbike


Autre phénomène observable, que dire de certains comportement en piste lors de séances d'essais qualificatifs? Où cela vire à la recherche d'une roue plus rapide à prendre dans l'espoir de gagner quelques places sur la grille... artificiellement. C'est monnaie courante en Moto3, légitime compte tenu de l'impact de l'aérodynamisme et des faibles puissances.
Mais dans les autres catégories nous sommes en droit de nous poser la question. Souvenez-vous de l'ancien format de Superpole en Superbike (1 seul tour lancé chronométré, seul en piste). C'était une partie de quitte ou double qui proposait un spectacle palpitant, excluant ainsi les suceurs de roue, plus pertinente qu' une séance coupée en deux avec des pilotes repêchés qui finissent de toutes façons dans les profondeurs de la QP2.



Prototypes... de série ?

Sous couvert de dépenses minorées et de recherche de spectacle, la catégorie reine donne l'impression d'être de plus en plus bridée. Bien sûr il faut une base commune avec un règlement, mais à en écouter certain, nous allons finir sur une coupe de marque! La course au budget perdurera, les règlements étant contournables et contournés par les gros teams. 
A voir la base de moteur commun pour le plateau moto 2, on peut alimenter certaines craintes en imaginant une extrapolation du même acabit en Moto GP. 
Le bloc moteur Honda 600cc ici sur le chassis moto2 du team Aspar
Même s'il ne s'agit pas de moteur, pour que les marques du marché moto aient encore une vitrine publicitaire, l'harmonisation sous réserve d'économie ressemble à une épée de Damoclès qui tronquerait l'essence même de la compétition. Les Grands Prix Moto sont l'élite, le laboratoire grandeur nature de ce qui doit être le plus performant, le plus rapide, le meilleur en piste dans l'absolu. Les autres catégories d'apprentissage ou coupe de marques existent déjà. A quoi bon fixer des limites aux prototypes? C'est une hérésie! 


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