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15 sept. 2020

C'était mieux avant ? Le match !

Attention les petits yeux fatigués post-vacances, j'annonce un "billet d'humeur"! Cela veut dire que ce qui suit sera forcément très subjectif, parfois irrationnel, potentiellement avec du parti pris, et pas toujours à prendre au premier degré.

Alors, la moto c'était mieux avant ? Oui ou non, oui et non ? Mais "avant" quoi en fait ? C'est une question qui mérite d'être posée, chacun aura son repère temporel propre, en fonction de son âge, sa date de permis, ses expériences et références. Chacun cherchera une date ou une époque, pas forcément celle qui a engagé un virage en épingle, mais une courbe bien dessinée qui nous projette dans le futur, là où on devine qu'on se sentira à l'étroit dans notre conception de la Moto avec un grand M. 

Un gros moteur, des carburateurs, 0 fioritures. La Suzuki 1200 Bandit restera dans l'histoire.

En mode "vieux con" qui rumine, ou encore  schtroumpf grognon, appelez-le comme vous voulez, viendra un moment où une part de nostalgie pointera le bout de son nez. L'essentiel étant de ne pas devenir aigri(e), d'avoir conscience des choses dont on a pu profiter et pourquoi pas en chercher des nouvelles.




Je vous propose un top 20, non exhaustif donc, des points qui ont radicalement changé depuis j'ai commencé à rouler. Pour certains, je crains de ne jamais m'y faire... 


Alors est-ce que c'était vraiment mieux avant ?!




1 - L'alimentation: Injection vs Carburateurs

  • Oui, pour apprendre la mécanique, pour les sensations de conduite. Rien ne remplace la sensation à la franche ouverture des gaz que la réaction d'une rampe de carburateurs qui gavent votre bloc moteur.
  • Non, pour la consommation et l'autonomie, les réglages adaptés à toutes les conditions (altitude, humidité, etc), et pour les pièces d'usure. En effet, pour peu que la machine commence à vieillir, il faut réellement surveiller les joints, les pointeaux, les dépôts qui encrassent les gicleurs... Si vous n'êtes pas en mesure de le faire vous-même, la facture peut vite être lourde.

1998 : arrivée de l'injection sur la Suzuki GSX-R SRAD 750 cc



2 - Les moteurs : 2-temps vs 4-temps

  • Oui, du 50cc au 500c, technologie qui a presque disparu, et pourtant quelle école : en mécanique comme en pilotage!

Quasi abandonnée faute d'investissement, ayant une image polluante, et subissant une mauvaise communication quant à l'entretien et la fiabilité... 

Pardon, c'est vrai que l'électrique est "planet friendly" et autres formulations qui permettent aux bobos de bien dormir en attendant de partir en vacances... en avion. Entre les matériaux nécessaires à la fabrication et le moyen de production de l'électricité, il est de rigueur de se poser un certain nombre de questions. J'en profite pour vous préconiser une lecture enrichissante : "La guerre des métaux rares, la face cachée de la transition énergétique et numérique" par Guillaume Pitron.

Cylindre de Kawasaki KX 250 pensant sa révision, un 2-temps léger et nerveux, un régal.


3 - Les pneus

  • Non, si certains prônent que les gommards se valent toutes, grand bien leur fasse! Je ne partage pas ce point de vue qui fait hérisser à juste titre le poil des manufacturiers.

Le progrès, c'est justement d'accroître les bonnes sensations avec un gain de sécurité, et qui soient perceptibles au plus grand nombre sans avoir les capacités d'un pilote professionnel. Par exemple, le passage au multi-gommes sur la plupart des modèles aujourd'hui permet de prolonger la vie du pneu mais aussi d'avoir une usure plus homogène et rassurante.

Bridgestone S21, très bon feeling, no chicken strips!


4 - Le carburant: Essence, taux d'octane

  • Oui, plus les années passent, plus le taux d'éthanol à la pompe augmente, ce qui n'est pas sans poser problème. "Compatible" ne veut pas dire "conçu pour", les problèmes de pompe à essence et/ou d'allumage ne sont pas rares avec les carburants coupés à l'éthanol... (sauf avec un boitier additionnel prévu pour, mais c'est une autre histoire)
Aujourd'hui, la "performance" est jugée avec une norme Euro 9 et/ou une vignette Crit'air. Les considérations de rendement et de performances pures des moteurs ne sont plus en avant. Même combat que pour l'électrique, on ne vise que ce qu'on veut viser. L'absurde épopée du diesel sur le parc automobile en est un exemple, épopée qui commence enfin à toucher à sa fin d'ailleurs.

Station service désaffectée en Creuse, avec une pompe de "Super" (plombé)

5 - L'équipement : airbag, veste textile, jean renforcé, protections D3O...

  • Non, les progrès sont réels et bénéfiques. Le choix en matière d'équipement est grand, le gap en quelques années est juste ahurissant! 
On mixe cuir et textile pour le confort, on renforce les zones critiques par du titane, et on en est même arrivé à faire des blousons en cuir vegan (euh non, là ce n'est pas un progrès). Plus sérieusement, je suis actuellement bluffée par les matériaux type D3O par exemple, et encore plus par le développement des airbags autonomes qui annoncent une nouvelle ère dans le domaine.
Le D3O, ce matériau qui durcit sous l'effet de l'impact


6 - L'électronique (pour la conduite) : abs, anti-wheeling, anti-dribble, anti-patinage, éclairage directionnel, ...

  • Oui, même si l'ABS est sécurisant dans des conditions délicates, que l'anti-dribble s'apprécie sur les gros rétrogradages et que l'anti-patinage est efficace sur les surfaces glissantes surprenantes... 

Je regrette le ressenti brut de la conduite, celui qui relie directement la poignée de gaz à l'adhérence, et qui apprend à développer ses sens, chercher la finesse, et accepter un apprentissage continu. La conduite d'une moto n'est pas un acquis, ni dans le temps, ni pour tous. Le niveau de vigilance doit être haut et constant, non parasité ni leurré par un surplus d'assistance qui offrent une impression de sécurité. Sans compter que ces options sont également responsables d'une partie de l'augmentation des tarifs, rendant la pratique moto de plus en plus élitiste.

Tableau de la MT-10, qui possède un... régulateur de vitesse - sic!



7 - Le matos High-Tech : traceur gps, camera, intercom...

  • Non, on se délecte des informations récoltées qui sont précises et sources de souvenirs. Que ce soit les images en caméra embarquée de votre meilleur tour chrono ou bien le tour du Mont Blanc, vous pourrez en profiter pendant des mois pour revivre ces moments. Les fonctions de traceur GPS et de détection d'accident sont également un réel progrès qui exploite bien les nouvelles technologies. Sans parler des applications qui vous permettent de trouver une station service ou un distributeur de cash, par exemple.
  • Oui, car il ne faut pas en faire un but en soi, cela doit rester un outil ou un accessoire. C'est devenu une dérive courante, pour "faire des vues" sur les réseaux. De la même manière, il ne faut pas que ce soit une distraction qui nuise à la conduite, comme peut l'être aussi un intercom.

Ma première caméra embarquée, improvisée au sparadrap, en attendant une GoPro


8 - Le permis "A"

  • Non, car combien ont passé un examen de conduite digne de ce nom il y a une trentaine d'années ?

La faute à une délivrance de permis A complètement inégale, la communauté motarde a subi cette mauvaise réputation de loulous et de pratique dangereuse. Les notions de permis A2, de passerelle et de bridage, pour tous quelque soit l'âge, peuvent paraître fastidieuses et contraignantes. Néanmoins, elles sont  ainsi plus égalitaires et nécessaires pour progresser dans le monde du 2 roues sans se cramer les ailes et celles des autres.

Plateau de l' "Auto-Moto école Adhérence" au Mans (72)



9 - Les radars

  • Oui, car je n'ai jamais était convaincue par un système 100% répressif. Je me souviens avec nostalgie des sorties où on n'avait pas besoin d'avoir les yeux rivés au compteur pour surveiller le km/h de trop.

Entre les modèles fixes, mobiles, semi-mobiles, de tronçons, les banalisés, chaque statistique et étude justifient toujours ce qu'on désire leur faire justifier. Au lieu de sensibiliser et former les conducteurs à adapter leur comportement et vitesse aux circonstances en analysant la situation, on les infantilise. 

Aujourd'hui un conducteur à 80 km/h qui réfléchit à son budget vacances s'estime plus en sécurité qu'un autre à 90 km/h qui analyse son début de freinage et son placement sur la chaussée. On notera néanmoins que certaines routes départementales, comme dans le Cantal, sont revenues aux 90 km/h.


10 - L'accidentologie

  • Non, forcément "non" au niveau des statistiques absolues. On peut comparer les 793 décès à motos de l'an 2000 (sur 7643 tous véhicules confondus) aux 613 de 2016 (sur 3477 tous véhicules confondus), chiffres issus de securite-routiere.org. La baisse est réelle et quantifiée, en spécifique comme en global et nous pouvons nous en réjouir.


Mais cette "joie" est à intégrer avec d'autres données, entre autre :

- un nombre de motos vendues à la baisse: près de 180 000 nouvelles immatriculations en 2000, contre à peine plus de 150 000 en 2016. 

- un kilométrage moyen annuel en chute libre: 3000 à 4000 kilomètres aujourd'hui contre 8000 à 10000 kilomètres au début des années 2000.

A titre de comparaison on enregistre plus de 20000 morts par an dans des accidents domestiques. Ils touchent tous les âges, des enfants aux seniors, pourtant nous n'en subissons pas le même matraquage. 


11 - Le kilométrage moyen annuel

  • Oui, même si quantité ne rime pas forcément avec qualité, on roulait plus...

10000 kms/an était une moyenne classique, et un gros rouleur passait les 20000. On achetait une moto d'occasion à 30000 kms sans réelles arrières pensées. Aujourd'hui c'est à croire qu'il faut les conserver sous cloches... Il n'y a qu'à regarder les annonces de ventes d'occasion pour comprendre que les motos ne roulent plus. Il y a les contraintes professionnelles et familiales, mais aussi une réalité économique, sur une vingtaine d'années les salaires n'ont pas suivis la même hausse que les dépenses liées à l'achat et l'entretien d'une moto. Le politiquement correct a également pesé dans la balance, l'image du motard est anti-environnementale aujourd'hui dans de nombreux esprits étroits.

Cadrans à aiguilles, compteurs à rouleaux, un peu de kilomètres: juste rodée !

12 - Les communautés, leurs clivages et leurs balances

  • Oui, tout simplement parce que je ressens une communauté motarde de moins en moins tolérante et de plus en plus collabo
Société individualiste, on jalouse son voisin au lieu de le féliciter, au point de tirer à vue sur le moindre de ses faux pas. Dans quel but au juste ? Le nombre de justiciers de comptoir est en hausse de manière assez effrayante.
A contrario, si vous entrez dans le moule lisse et politiquement correct d'un groupuscule, vous serez adoubés. Quelque soit le type de moto ou de pratique, chaque groupe a subi ses dérives et ses excès.
Les week-end au "High Speed Club" devant le circuit Paul Ricard, un mythe relégué au souvenir.

13 - Une pratique identitaire

  • Oui, car la moto est devenue un accessoire de mode

Objet pour s'affirmer, dire qu' "on le fait", pour le montrer, pour rentrer dans une case et obtenir un statut qu'on ne peut obtenir par ailleurs. On choisit de faire de la moto d'abord pour les autres et l'image qu'on veut se donner plutôt que par choix et convictions personnelles. Ce n'est pas une tendance majoritaire dans l'absolue - OUF, mais qui a pris de l'ampleur, avec des profils édulcorés de conducteurs sans passion. 

Un jour pas si lointain, être motard signifiait plus qu'être simplement un conducteur de 2-roues motorisé.


14 - Le tuning

  • Non, et vraiment un grand NON. Courant des années 1990, certains préparateurs étaient spécialisés dans le tuning. Les travaux étaient propres, bien réalisés, les adaptations des pièces de différentes provenances étaient compliquées mais réussies techniquement. Sans parler des travaux de peinture, où la maîtrise de l'aérographe était de haute voltige. Mais voilà, visuellement, c'était un massacre! Combien de GSX-R et de CBR avec une tête de fourche et des phares de Ducati 916 ? Ou encore des coques arrière de MV Agusta avec des pots sous la selle, qui n'étaient pas adaptés en plus d'être inesthétiques. Sans parler des monobras issus de Honda ou Ducati qui n'avaient rien à faire sur un autre modèle!

Source : http://dudul2756.blogspot.com

Roca s'était fait sérieusement un nom dans le domaine, souvent en couverture du magazine "Option Moto", mais on ne regrette pas vraiment de ne plus croiser ce genre de moto aux terrasses de nos jours! La mode était également au polissage à outrance: cadre, bras oscillant, jantes, té de fourche... 


15 - La presse

  • Oui, car la presse écrite offrait un panel assez intéressant et fréquent où chacun trouvait ce qui lui convenait (revues technique, revues tuning, thématique enduro, motos de route et voyages, motos anciennes, etc); il n'en reste presque plus rien aujourd'hui et certains internautes l'ont facile de se prétendre journaliste ou essayeur sans aucune crédibilité, tout en ayant un contact aisé chez les marques de part leur pseudo-visibilité en quantitatif.
  • Non, car la même presse écrite tenait parfois le discours pro-constructeurs sans garder un regard objectif, répondant au plus "attentionné". De plus ils traitaient souvent tous des mêmes sujets aux mêmes moments. L'ouverture du web est venu taper dans la fourmilière, et beaucoup de choses ont été remis en cause. 
A présent on attend le rebond, si rebond il y a un jour, pour tirer le meilleur des deux.
Peu des ces revues existent encore dans leur format d'origine...


16 - Les Grands Prix Moto

  • Oui, pour les règlements (plus de motos engagées, plusieurs marques de pneus), pour un meilleur spectacle (les réclamations et pénalités de danseuses étaient rares), pour les 500cc 2-temps sans électronique qui offraient leur plein de sensations rien qu'en les regardant.
  • Non, pour le gain de sécurité pour les pilotes avec des machines toujours plus performantes c'est indéniable, et la qualité des images pour nous simples spectateurs. Les ralentis, la définition des images et les différents angles de caméras embarquées sont vraiment immersifs. 

Paddock Moto GP, des semis plus gros les uns que les autres


17 - Le supermotard

  • Oui, tout simplement parce que ça voulait dire quelque chose, qu'on parlait d'une vraie discipline sportive

Clairement, s'il y a bien un sport qui a explosé, c'est celui là. "Explosé" dans le sens "détruit", car aujourd'hui quand on entend parler de supermotard, on fait référence à des "influenceurs" qui roulent bien souvent sur des motos sans immatriculation ou plus homologuées pour l'être, et majoritairement sur la roue arrière. Parfois ils leur arrivent de manger le bitume aussi, et là on frise le spectacle humoristique. Quelle honte pour les vrais champions de la discipline...

Journée d'entraînement sur le circuit d'Eyguières

18 - L'arsouille

  • Oui, car elle ne se faisait pas en ville entre 2 feux rouges avec un T-Max ou une MT-07 avec un Roof à la mentonnière ouverte... 
Il y avait des règles tacites, on attendait d'être sortis des zones urbaines, les autoroutes étaient proscrites, il fallait de la visibilité, et en cas de danger on se le signalait mutuellement. Même sans avoir pu discuter avec le quidam rencontré au bord de la route, le respect de ces règles permettaient de profiter pleinement des enfilades de virages qui s'offraient à nous, en limant les genoux à la corde. Parfois on tentait un démarrage au feu, pour voir qui avait de meilleurs réflexes, mais on coupait rapidement après, là où à présent le protagoniste vexé va jusqu'à griller le feu suivant pour ne pas perdre la face...
Génération Joe Bar Team

19 - Le circuit

  • Oui, car c'était moins fréquenté en absolu, avec des groupes essentiellement constitués de passionnés de vitesse qui aspiraient de près ou de loin à la compétition. Cela imposait naturellement le respect entre tous, confirmés ou débutants. Les roulages étaient aussi moins onéreux: j'ai souvenir d'avoir roulé pour 70 € à Lédenon (si si!) ... Les restrictions sonores étaient moins importantes également, tout comme le risque de se faire refouler.
  • Non, car il y a au global plus de roulages, plus d'organisateurs, plus de moniteurs et la démocratisation de la pratique permet à tous de progresser.

Coucher de soleil sur le circuit de Lédenon (30)

20 - Les runs sauvages

  • Oui, au risque de créer une polémique. Chaque jeunesse, chaque génération a son moyen de transgresser les règles, d'apprendre, de se confronter aux choses avec plus ou moins de réussite et intelligence. 

Décrié, souvent imité, jamais égalé. Un mythe du genre!

Le tour du périphérique parisien par le Prince Noir sur une Suzuki GSX-R aura marqué et inspiré bon nombre de générations. Chaque grande métropole avait son rendez-vous du vendredi soir, et les amateurs venaient s'affronter sur des runs, soit en mode dragster entre 2 feux ou en petit circuit urbain improvisé. L'apologie de la vitesse et du risque étant limité alors aux milieux restreints, communiquant par le bouche à oreille. L'affichage de pratiques similaires sur les réseaux à entraîné une dangereuse surenchère qui a provoqué une chasse aux sorcières et des discours démagos. 

La culture du risque zéro, la surmédiatisation via les réseaux sociaux, certains accidents, l'aménagement urbain et la régulation par les forces de l'ordre a fait le reste. Aujourd'hui, il ne vous reste plus qu'à sortir la Playstation... avec pour risque de devenir épileptique ou obèse à force de jouer en réseau, autre époque autres mœurs.


Alors ?

Et pour vous, quand s'est produit ce virage dans votre esprit et votre vie de motard ?! Après réflexion, je situerais le mien en 2008-2010, époque où rouler en sportive sans être un pur compétiteur était encore, ou déjà, un acte de résistance. " Mais le monde a changé, il s'est déplacé, quelques vertèbres... "


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