4 nov. 2012

Pavé dans le circuit...

La moto étant devenue une pratique de plus en stygmatisée, un nouvel "el dorado" semble être apparu : le circuit. J'ai entendu un certain nombres de témoignages tel que :

"Une fois qu'on a essayé on ne fait plus que ça."
"Je ne roule plus sur route."
"Le circuit y'a que ça de vrai."
Souvenir d'une session de printemps à Ledenon


En fait, je trouve ces propos exagérés, un peu comme le rêve américain en quelque sorte.
Pour avoir essayer et pratiquer de temps en temps, je ne trouve pas qu'il s'agisse d'un "el dorado". Bien sûr c'est fun, il y a un côté grisant, la recherche de la trajectoire parfaite et le plaisir d'ouvrir comme un goret, mais tout comme le rêve américain, ce n'est pas si simple. Il ne faut pas faire l'impasse à propos de certains points "propres" au circuit : 

  • Par définition, c'est un tracé fermé qui va proposer une grosse dizaine de virages. C'est sympa, mais je finis par me lasser;
  • L'accés est loin d'être gratuit. C'est cher (et variable) : 70 à 450 euros la journée d'accès suivant le circuit et l'encadrement/prestation;
  • Les réglements sont parfois restrictifs (son, récupérateur de fluides, eau à la place du liquide de refroidissement, combinaison 1 pièce) et aussi à la tête du client;
  • Certes on ne se fait pas griller la priorité par un bus, mais on peut tout autant se faire torpiller par un mini-Rossi qui a été trop optimiste;
  • Pour beaucoup d'entre nous il nous faut faire 100 à 300 kms pour trouver un circuit;
  • Il est fortement recommandé d'avoir une moto dédiée à cette pratique, et le nécessaire pour la transporter (remorque, camion);
  • Concrètement, c'est peu évident pour quelqu'un qui travaille à plein temps de planifier plus d'une vingtaine de roulages par an (calendrier du circuit le plus proche, météo, etc...);
  • Les sessions libres sont plutôt rares, les stages sont très présents aux calendriers et engendrent un surcoût (mais restent nécessaires un minimum bien sûr);
  • Enchaîner une journée complète de roulage impose de la condition physique. Pratiquer le vélo ou la course à pied, et la natation ou de la musculation n'est pas superflu. Il faut donc dégagé du temps pour cela également. A quoi bon payer une journée de roulage si vous n'encaissez pas 3 sessions ? Ou pire, continuer à rouler, mais aller à la faute.

    Résumer la moto à ça ? C'est pour moi inconvenable. Malgré le fait que je me sois éclatée sur circuit, même en imaginant avoir une moto dédiée à faire des ronds de 4 kms, je ne pourrais pas m'en contenter. Les points que j'ai cité (parfois discutables je le conçois) vont à l'encontre même d'une notion indissociable de la moto : la liberté. User de la gomme sur les 10 mêmes virages 20 jours par an...  non merci. Se limiter à la piste, c'est finir en cage comme les singes auxquels on jette les cacahuettes au zoo.

  • Aller sur circuit ? Oui bien sûr ! C'est une expérience à tenter et aussi à renouveller pour rouler sans arrières pensées à propos du grip, de la voiture qui va débouler de nulle part, des forces de l'ordre, pour découvrir sa machine, ses propres limites, etc... Mais il ne faut pas essayer de nous faire croire que c'est l'aboutissement et fustiger celui qui ose dire "le circuit ? ouais bof"

    La Moto, c'est tellement de choses... La traversée de la France sous le soleil ou sous la grêle, le Bol et les 24H, le Tourist Trophy, le Moto Tour, les week-end à la montagne, des sessions pistes, des arsouilles, des plans galère pour trouver une pompe à essence, une rencontre improvisée au bord de la route ou dans un box, pester dans le garage quand on a foiré une vis, pleurer quand on reçoit sa prime d'assurance, se réchauffer les doigts sur les carters l'hiver, écouter les cliquetits du moteur qui refroidit, etc... Pour moi c'est tout ça, pas seulement un morceau, mais un tout. Vous retrouverez sur cette page la version piste de mon GSXR et dans ce dossier, un GSX-R 750 SRAD converti en usage exclusif sur circuit.

    V aux motards, pistards, routards.

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